Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu

de Philippe Dorin

Éditions – L'Ecole des loisirs / collection Théâtre

Nouvelle Création Jeune Public
Saison 2020/2021
Tous publics à partir de 10 ans / Durée 1h environ

 

Mise en scène / Scénographie

Christophe LAPARRA

 

Dramaturgie / Collaboration artistique

Marie BALLET

Interprétation

Marion AMIAUD

Christophe LAPARRA

Patricia VARNAY

Masque/Marionnettes

Loïc NÉBRÉDA

Costumes

Dulcie BEST

Régie

Xavier BERNARD-JAOUL

© Matthieu Fayette

Production Théâtre de Paille 

Coproduction en cours 

Subventions en cours 

Soutiens et Résidences en cours

Le texte

 

Résumé

Une petite fille construit sa maison imaginaire. Deux minutes plus tard, elle est devenue une vieille dame. mais elle porte toujours ses chaussures d'enfant. C'est l'heure de mourir, annonce le promeneur. Déjà ? Laisse-moi juste le temps d'une pensée. Je dois retourner rendre ses chaussures à la petite fille. Le promeneur accepte. Mais la petite fille retient la vieille dame, allume sans cesse la lumière, elle ne doit pas, c'est dangereux, car le promeneur revient.

 

Dédicace (extrait)

J'ai écrit en partie cette histoire hébergé dans une classe du 11ème arrondissement de Paris, pendant un mois. Ainsi, chaque matin, je me suis rendu à l'école comme les autres élèves et, comme eux, je me suis installé à la table qu'ils m'avaient préparée au fond de la classe. Pendant qu'eux suivaient la leçon de leur maître sans rien changer à leurs habitudes, moi, je tentais de recréer l'intimité de mon bureau pour écrire.

 

Épigraphe

Tous les enfants sont à l'intérieur d'une vieille personne, mais ils ne le savent pas encore.

 

Personnages

Une petite fille - Une vieille dame - Un promeneur

 

Début du texte

Plateau nu. Éclairage de service. Un promeneur passe en fredonnant. Il sort

Une petite fille entre.

LA PETITE FILLE : Là, c'est la porte. Là, c'est le couloir. Là, c'est la cuisine. Là, c'est la table. Là, c'est la chaise. Lui, c'est mon petit frère. Pousse-toi !

Là, c'est la fenêtre. Derrière, c'est la mer. Non, c'est la montagne. Non, c'est le désert. Non ! Derrière, c'est juste un petit pré, avec des moutons, un berger et son chien.

Là, c'est le salon. Là, c'est le tapis. Ça, c'est mes chaussures. Là, c'est le fauteuil. Ça, c'est moi qui attends.

Elle s'assoit.

Un temps.

Éteins !

 

Noir.

 

On entend fredonner le promeneur.

 

VOIX DE LA PETITE FILLE : Allume !

 

La petite fille est devenue une veille dame.

 

LA VIEILLE DAME : Déjà ? Comme elle est venue vite, la nuit ! À peine le temps d'une pensée, et le jour a passé. Où étais-tu pendant cet éclair ? Comme elle est devenue petite, ta maison, ma vieille, tout à coup ! Comme t'es devenue vieille, ma petite, soudain ! À peine le temps d'y voir et, déjà, il fait noir.

Bonne nuit, moutons ! Bonne nuit, berger ! Bonne nuit, chien ! Bonne nuit, fenêtre ! Bonne nuit, porte, table, chaise, tapis, chaussures !

Elle s'allonge.

Bonne nuit, toi !

Éteins !

 

Noir.

 

P. Dorin, Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu, L'Ecole des loisirs, 2002, p. 7 à13

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Note d'intention

 

La lecture de cette pièce, sa dédicace et son épigraphe m'ont immédiatement donné envie de travailler sur la salle de classe en partant de l'univers singulier de Tadeusz Kantor et, plus spécifiquement, de son spectacle intitulé La classe morte.

 

Pour ce texte qui traite du dédoublement, de la dualité, de la mort, du deuil, de la relation enfant/adulte et de la vieillesse, j'ai envie de faire évoluer le personnage de la vieille dame et de la petite fille dans une ancienne salle de classe. Il s'agirait de la salle de classe actuelle de la petite fille mais que la vieille dame, elle, redécouvre vétuste, abandonnée. Le temps a fait son œuvre.

 

J'imagine cette petite fille trainant derrière elle, depuis le fond du plateau, un vieux pupitre d'écolier en bois qu'elle place quelque part dans l'espace scénique. Elle répète la même action avec un second pupitre en bois. Ensuite, c'est une vieille estrade en bois qu'elle tire du lointain et enfin un grand tableau noir d'écolier. Elle trace à la craie blanche sur le grand tableau noir, des dessins naïfs et enfantins de chaque paysage qu'elle évoque et les efface à l'aide d'un tampon effaceur. Elle récite son poème debout sur l'estrade. Elle l'adresse aux présences invisibles qui ont peuplé cette salle de classe. Peut-être apporte-t-elle, également, un ancien porte-manteau d'écolier.

 

Le promeneur, lui, est assis sur une chaise en paille à l'avant-scène jardin. Il est à la fois un personnage (figure de la mort) et le metteur en scène du spectacle qui agence la représentation à vue. Il place dans l'espace une servante de théâtre, cette lampe posée sur un haut pied qui reste allumée quand le théâtre est plongé dans le noir, déserté entre deux représentations ou répétitions. Régulière, permanente, c’est elle qui veille lorsqu’il n’y a plus personne. Cette veilleuse est parfois appelée sentinelle. Cette Ghost Lamp comme l'appellent les Anglais, en référence aux fantômes qui hantent le théâtre quand il se vide. À chaque scène, il apportera une nouvelle servante. À la fin, chacune des ampoules nues de cette vingtaine de servantes brillera comme une étoile lumineuse. Une pour chaque enfant qui a fréquenté cette salle de classe, le tout créant un ciel étoilé. C'est encore ce personnage/metteur en scène qui viendra lâcher de la neige sur les personnages de la petite fille et de la vieille dame, déplacer le mobilier entre les scènes, disposer les deux mannequins de bois (doubles de la petite fille et de la vieille dame) sur les bancs des pupitres.

 

L'actrice qui interprète la vieille dame porte un masque blanc qui est la reproduction exacte du visage de la jeune fille mais vieilli. Ses mains, elles aussi, sont vieilles et ridées. Ses cheveux sont tous blancs. Ses gestes sont délicats et choisis. Elle parle doucement, posément. Ses habits sont semblables à ceux de la jeune fille mais peut-être sont-ils un peu plus usés, un peu plus poussiéreux. Marque du temps qui a passé. Elle a chaussé les chaussures de la jeune fille. Elle porte de vieux bas marrons. La jeune fille est en chaussettes maintenant que ses chaussures sont aux pieds de la vielle dame. Il se peut que la vieille dame soit une apparition, une présence fantomatique, une âme errante, en transition, en attente du grand voyage vers l'au-delà. Elle apparaît en miroir de la petite fille. C'est son double, la personne qu'elle sera dans un lointain avenir mais qui est déjà inscrit en elle. C'est le personnage du promeneur/metteur en scène qui crée et ordonne leur rencontre.

 

Un ou des micros disposés en coulisses et/ou sur le plateau sonorisent la voix des acteurs lorsque leur personnage parle ou chantonne dans le noir...Le régisseur son est présent sur scène. Il est assis à l'avant-scène cour et fait face au promeneur/metteur en scène.

 

Au final, il n'y aura peut-être rien de tout cela. Simplement un masque à la présence énigmatique, des acteurs sur un plateau vide, leurs voix qui parlent, chuchotent, chantonnent dans un clair-obscur étrange et merveilleux et leurs corps mouvants qui dessinent des espaces imaginaires, poétiques et singuliers. Et au loin, tout au loin, le son d'un feu...

 

Christophe Laparra

L’auteur

 

Né en 1956, Philippe Dorin écrit depuis plus de 30 ans, essentiellement du théâtre pour les enfants, mais ce n’est que depuis 20 ans qu’il se sent un véritable écrivain. Depuis sa rencontre avec Sylviane Fortuny avec qui il fonde la compagnie Pour Ainsi Dire en 1997. Ensemble, ils créent une douzaine de spectacles dont L’hiver, quatre chiens mordent mes pieds et mes mains qui a reçu en 2008 le « Molière du spectacle jeune public », et se forge une identité forte au sein du paysage du théâtre jeune public en France. La compagnie est conventionnée avec la Drac Ile de France depuis 2009. Depuis 2012, elle mène des collaborations à l'international avec La Réunion, le Québec, l'Espagne et la Russie où elle recrée une version franco-russe d'une création de son répertoire en 2014 : Ils se marièrent et eurent beaucoup. Son dernier spectacle Le chat n'a que faire des souris mortes a été créé en novembre 2017 au TGP, centre dramatique national de Saint-Denis où la compagnie est en résidence pendant deux ans, en convention avec le CD93.

 

Depuis 1999, Philippe Dorin travaille aussi avec d’autres compagnons metteurs en scène : Ismaïl Safwan (Flash marionnettes), Michel Froehly (Cie L’Heure du Loup), Thierry Roisin (Comédie de Béthune – cdn), Xavier Legasa (Cie Le Carrosse d'Or), etc ... pour lesquels il écrit des textes qui ne sont pas uniquement destinés aux enfants.

 

Ses pièces sont montées par beaucoup d’autres compagnies en France et à l'étranger.

 

En 2004/05, il est auteur engagé au Théâtre de l’Est parisien.

 

En marge de son travail d’écrivain, il écrit aussi des histoires qui ne tiennent pas dans des livres, à partir de boulettes de papier, de sable, et de petits cailloux blancs, à l’occasion de résidences et sous la forme d’ateliers d’archéologie poétique (Médiathèque de Guérande en 2003, la Chartreuse en 2006, La Réunion en 2008), afin de prolonger, au-delà des mots, l’univers rêvé de l’écriture.

 

Il est Président du Jury du Prix d’écriture théâtrale de la Ville de Guérande 2009.

 

Bibliographie sélective

Le chat n'a que faire des souris mortes 2017

Courte longue vie au grand petit roi 2017

Dans la vie aussi, il y a des longueurs 2015

Sœur, je ne sais pas quoi frère 2013

2084 2012

Abeilles, habillez-moi de vous 2010

L'hiver, quatre chiens mordent mes pieds et mes mains 2008

Les enchaînés 2007

Le Monde point à la ligne 2007

Ils se marièrent et eurent beaucoup 2005

Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu 2002

En attendant le Petit Poucet 2001

Un oeil jeté par la fenêtre 2001

Sacré silence ! 1997

© Loic Nébréda