Le Petit Poucet

de Caroline Baratoux

Édition Heyoka Jeunesse - Actes Sud Papiers

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Croquis scénographie

Auteur

Caroline Baratoux

Après des études d’Histoire et de théâtre, Caroline Baratoux a travaillé pour France Culture à la fois comme journaliste chez Jean Lebrun, et comme productrice aux Ateliers de Création Radiophonique de René Farabet. Elle a collaboré plusieurs fois avec Joël Pommerat en travaillant à la création sonore de Pôles et pour un Atelier de Création Radiophonique Ma nuit sans moi…, pour lequel ils ont co-écrits les monologues. Elle est l’auteur d’un Barbe-Bleu et écrit actuellement une adaptation De celui qui partit en quête de la peur des frères Grimm.

En quoi Le Petit Poucet est une pièce tout public

« Nous désirons que nos enfants croient que l’homme est foncièrement bon. Mais les enfants savent qu’ils ne sont pas toujours bons(…) »Bruno Bettelheim in Psychanalyse des contes de fées« La majorité des parents croit que l’enfant doit être mis à l’abri de ce qui trouble le plus : ses angoisses informes et sans nom, ses fantasmes chaotiques, colériques et même violents. Beaucoup pensent que seule la réalité consciente et des images généreuses devraient être présentées aux enfants, pour qu’il ne soit exposé qu’au côté ensoleillé des choses.  Mais ce régime à sens unique ne peut nourrir l’esprit qu’à sens unique, et la vie réelle n’est pas que soleil… » 

Bruno Bettelheim in Psychanalyse des contes de fées

 

La volonté des adultes de faire croire aux enfants que l’homme est foncièrement bon en leur cachant ainsi que ce qui va mal vient de notre propre nature, alors que l’enfant, dans le même temps, ressent de la colère ou de la jalousie, peut être une source d’angoisse pour lui : il peut apparaître comme un monstre à ses propres yeux. C’est pourquoi le conte de fée tient une place importante dans leur vie. En simplifiant toutes les situations, il pose les problèmes existentiels en termes brefs et précis.

 

Le Petit Poucet, écrit par Caroline Baratoux et mis en scène par Christophe Laparra, est un spectacle à destination des enfants, qui ne nie pas le côté sombre de l’homme. Il aborde ainsi la peur d’être abandonné, la transmission des générations, la place du fils par rapport au père, les capacités de l’enfant à être autonome vis-à-vis de ses parents, sans se mettre en péril. 

La pièce, tout comme le conte à partir duquel elle est écrite, offre plusieurs niveaux de lecture et s’adresse à tous, enfants et adultes. Par sa dimension poétique et symbolique, elle permet aux enfants de ne pas être effrayés. En effet, la pièce n’aborde pas directement les conditions de vie actuelles, mais son intérêt porte bien plus sur des questions intérieures de l’être, universelles et intemporelles, mises en perspective. C’est donc par le détour qu’offrent les éléments du conte et la dramaturgie, que l’enfant peut saisir des enjeux liés à ses propres questionnements, souvent informulés et ainsi lui permettre de saisir des solutions sur la manière de les traiter pour cheminer sereinement vers la maturité. 

Le Petit Poucet de Caroline Baratoux nous dit finalement qu’affronter les épreuves inattendues et souvent injustes de la vie avec fermeté, permet de venir à bout de nombreux obstacles et de remporter la victoire. Renouant ainsi avec l’objet du théâtre, la catharsis


Production

Théâtre de Paille

 

Coproduction

Théâtre du Beauvaisis-scène conventionnée de Beauvais, Spectacle Vivant en Picardie
 

Aide à la création

DRAC Picardie, Conseil Régional de Picardie, Conseil Général de l’Oise
 

Avec la participation artistique de l'ENSATT

Création 2010

Spectacle Tous publics à partir de 8/9 ans


                                                      Mise en scène
Christophe Laparra

 

Interprétation

Marc Mauguin - Richard Sandra - Irène Chauve - Patricia Varnay

 

Scénographie

Ettore Marchica - Patrick Bouchy - Christophe Laparra

 

Création musicale et sonore

J-Kristoff Camps

Masques

Loïc Nebreda

 

Costumes

Anaïs Pinson

  Regard chorégraphique & assistante à la mise en scène

Céline Dauvergne

 

Marionnettes

Céline Larvor

 

Création lumière

Maria Barroso

Vidéaste

Cédric Venail 


Voici un Petit Poucet volontaire et courageux, un vrai héros de théâtre !
Face à la cruauté du père, à l’impuissance de la mère, à l’appétit gigantesque de l’ogre, c’est lui, le plus petit de tous, qui protège ses six frères.



Texte / Scène 1

La nuit.
Assis au pied d’un arbre, à l’orée d’une forêt, le Petit Poucet regarde ses mains.
La lune est pleine, si bien qu’il ne fait pas trop noir. Non loin de là, une lumière, celle de sa maison. On entend le cri d’une pie, repris par un hibou qui semble lui répondre.


Le Petit Poucet

Je suis le fils unique d’une famille de sept garçons.
Ils sont tous arrivés deux par deux, mes frères.
Maman poussait des cris stridents à chaque fois.
Avec moi ce fut différent, je veux dire que maman,
cette nuit-là, dormait profondément quand j’ouvris les yeux.
C’est la première fois que je l’ai regardée, elle souriait dans son sommeil silencieux.
J’avais faim ; alors, de mon pouce,
j’ai pris son sein,
et puis le lait qui coulait…
Peut-être est-ce pour cela qu’on m’appelle
le Petit Poucet
et non parce que je suis tout petit de taille,
grand comme le pouce de mon père,
qui lui est grand et fort,
car il est bûcheron.
Oui, c’est cela son métier,
celui d’un grand homme !
C’est pour ça que j’écoute toujours ce qu’il dit quand il pense que moi et mes frères
dormons,
c’est à ce moment-là que j’écoute le plus
car c’est dans le silence que les grandes décisions se prennent.

Noir

 


Note d'intention
 

« La scénographie s’inspirera librement de l’œuvre d’art intitulée Precious Liquids de Louise Bourgeois.
Une maison grise près d’une forêt. La maison est ronde et en bois. Cette cabane c’est la maison du Petit Poucet, son foyer. L’intérieur est très sobre, proche de l’austérité.
Cette austérité révèle la pauvreté de la famille et sa condition modeste mais peut-être aussi sa foi qui pourrait être la religion protestante. Le fond de la maison s’ouvre sur une forêt donnant ainsi l’impression d’une pénétration progressive de la forêt dans la maison.
Cette idée de la forêt qui dévore petit à petit la maison offre une possible explication au comportement des parents, gagnés par la sauvagerie de la forêt et apporte une dimension fantastique tant sur leurs motivations que sur le traitement général du
spectacle.
 

Dans la forêt l’homme est un loup pour l’homme

La forêt est représentée par un rideau de fils noirs. La maison des ogres est une figure inversée de celle des parents du Petit Poucet. Par un effet pivotant, la maison du Petit Poucet tourne sur elle-même, traverse le rideau de fils noirs (donc la forêt) et vient se placer au fond du plateau devenant ainsi celle des ogres dans la forêt. Cette structure tournante démultiplie ainsi les espaces de représentation et offre des cachettes, des refuges, des vigies, des jeux à nos héros. Elle représente aussi le danger. En effet, diverses créatures, humaines et/ou animales, fantastiques, amicales ou non, peuvent y vivre et en surgir, emportant dans leur tanière ces enfants perdus et abandonnés pour les dévorer. Nos héros peuvent aussi se perdre et/ou être happés, aspirés par cette structure de bois. Le fond plateau est légèrement surélevé après avoir été légèrement descendant afin de créer du volume. Le sol est recouvert d’une matière minérale noire.

Le masque chair de l’âme…

Les acteurs qui jouent les personnages du père et de la mère jouent aussi le rôle des ogres. Pour cela, des masques de peau partant de la figure humaine des acteurs rendent la part sombre, monstrueuse du père et de la mère (qui eux sont traités de façon dite « réaliste ») et figurent ainsi les ogres. Finalement, ces masques révèlent les vrais visages des parents.
Les six frères du Petit Poucet sont traités en marionnettes pour cinq d’entre eux et manipulés par un seul acteur masqué figurant le sixième frère. Pour les visages et les corps des frères nous sommes partis de la morphologie de l’acteur qui joue Le Petit Poucet et nous avons travaillé sur une ressemblance avec des déclinaisons de tailles et d’âges. Les six filles des ogres sont elles aussi traitées en marionnettes et manipulées par le même acteur qui joue les frères du Petit Poucet.

Après l’avoir caché le plus longtemps possible au regard du spectateur afin qu’il puisse le fantasmer à son envie, l’ogre apparaît pour rattraper les enfants dans la forêt, sous la forme d’une marionnette de 3m50 de haut qui inclue le visage et le corps de l’acteur. Cette marionnette est une représentation symbolique de la mutation du père du Petit Poucet en ogre. Le ventre de la marionnette est transparent afin que l’on puisse voir ses filles (qu’il vient de dévorer) ballottées au rythme de sa marche.

Le traitement du sanglier s’inspire de la taxidermie et de tableaux qui représentent des animaux morts : Rembrandt, Fautrier, Bacon… Les acteurs mettent les mains dans le ventre de la bête pour en manger l’intérieur (sang sur les mains). Image de la dévoration, de la faim, du boucher et du chasseur…

A l’ombre de la forêt…

La lumière
Les lumières rendent le contraste entre l’intérieur et l’extérieur, le « réalisme » et le fantastique et off rent la possibilité de rendre perceptible la contamination progressive de l’intérieur par ce fantastique. Aucune lumière et ambiance naturalistes.

Deux espaces lumineux distincts
L’intérieur de la maison
Faible luminosité de la pièce car peu de moyen d’éclairage.
Pas de lumière directe. Une lumière qui fait ressortir
Les visages, les met au premier plan, les révèle.

La forêt
Une lumière grise d’hiver, minérale, compacte.
La luminosité du brouillard, de la brume.

Le son
On entend le son des pas sur le plancher de la maison mais pas celui de la marche des personnages dans la forêt. Par contre les sons « naturels » émis par les personnages (déglutition, respiration, frottement des habits, etc…) sont répercutés.

 

Des espaces aux sonorisations différentes
Intérieur de la maison
les sons « résonnent », le plancher, les portes, les fenêtres, les pas, les voix, les déplacements du mobilier, etc… mais comme règne le danger et la mort dans ce foyer, les sons sont comme séparés les uns des autres, c’est-à-dire rendus avec parcimonie, isolés, dérythmés en quelque sorte. Le fait d’entendre les sons rend le vide de la maison et l’étirement du temps.

 

La forêt
les sons ne « résonnent plus », les pas sont silencieux, les voix lointaines. Le son est enfoui, éteint. Espace très silencieux. Légers bruits et cris d’animaux. Souffle du vent mais à peine audible voir inexistant. Aucun des sons n’est réaliste. Pas d’ambiance forêt naturaliste. Les acteurs sont sonorisés.»

 

Christophe Laparra
Mars 2010


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